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Céramiques : porcelaines, faïences ...
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Le mot de ‘céramique’ vient du Grec: kêramos qui signifie ‘argile’. C’est aussi le nom du quartier des potiers d’Athènes. Il englobe tous les objets fabriqués en terre qui ont subi, au cours d'une cuisson à une température plus ou moins élevée, une transformation physico-chimique irréversible leur donnant une dureté caractéristique. Les genres de céramiques sont nombreux. Il y a les céramiques poreuses (poteries à glaçure plombifère transparente, faïence stannifère, faïence fine), celles à pâte imperméable vitrifiée dans la masse plus ou moins complètement (grès, porcelaines)…

La faïence est une terre cuite, une céramique argileuse à pâte poreuse composée d'un mélange de terres avec de l'argile plus ou moins pure, du sable et de la marne calcaire. Elle est de plus recouverte d'un émail stannifère, composé d'oxyde de plomb (fondant), de silice et d'étain (stanum=étain), qui cache la couche d'argile, rend imperméable, blanchit, et sert de support au décor peint... Il est possible de colorer cet émail dans la masse en y incorporant des oxydes métalliques tel le cobalt pour le bleu ou l'antimoine pour le jaune et obtenir des fonds de couleur. Contrairement à la porcelaine qui à la lumière est transparente, la faïence est opaque. Les étapes de la fabrication de la faïence sont les suivantes : Recueillir la terre, la laver, la décanter, la broyer, la tamiser, la dégraisser (en mêlant du sable aux argiles trop grasses), la faire « pourrir » en la faisant attendre dans des caves), façonner par tournage, moulage ou modelage, coller les éléments rapportés (bec, anses, etc.) avec de la barbotine (pâte liquide), cuisson de « dégourdi », bain d'émail (eau ou flottent en émulsion des particules de sable broyé, d'oxyde de plomb et d'étain et éventuellement d'un colorant). On fait sécher avant le décor de grand feu ou la cuisson.

Dans la faïence de grand feu, après que la pièce est reçue au préalable la première cuisson « au dégourdi », on la recouvre de l'émail qu'on laisse sécher, et on peint le décor sur l'émail cru, pulvérulent, avec des émaux (oxydes métalliques) aussitôt absorbés. Les repentirs sont interdits. Ensuite on cuit à 900° l'ensemble, chaleur nécessaire à la fixation de l'émail. 5 oxydes métalliques résistent à cette température : bleu (cobalt), vert de cuivre (il fuse, c'est à dire bave un peu), jaune d'antimoine, violet (manganèse) et rouge « tomate » (fer). Le fer se cuit difficilement.

Pour les faïences de petit feu (début en 1740), on cuit la pièce recouverte de l'émail stannifère vers 900°. On peint le décor sur l'émail cuit. Il y a une seconde cuisson pour les couleurs à température inférieure, et une troisième s'il y a de l'or. La palette des couleurs est plus riche: rose, or...

La faïence serait née en Perse au VIIIe siècle, se développe dans le monde musulman, en Espagne surtout aux XIVe et XVe siècles et en Italie en particulier au début du XVIe s. La faïence arrive en France au XVI e s. à Rouen, Lyon, Anvers (Belgique), Nevers, Moustiers, Saint-Jean-du-Désert. De 1700 à 1730 environ c'est le triomphe du camaïeu bleu à Rouen, Sinceny, Moulins, Lille, Saint-Omer, Saint-Amand, Marseille, Nevers et Strasbourg. A partir de 1730 on a la polychromie de grand feu à Marseille, Rouen, Moustiers. Après 1750 c'est surtout la faïence à décor de petit feu à Strasbourg, Niderviller, Luneville, Marseille, Meillonnas, Moustiers, La Rochelle, Sceaux, Aprey. Il y a le pourpre de Cassius et une palette de couleurs variées. En France, pour être faïencier il fallait avoir un privilège du roi.

La faïence fine est destinée à imiter la porcelaine. Elle est découverte à la fin du XVII e s. en Angleterre dans la région de Staffordshire. On incorpore à la pâte du kaolin et un autre minéral : le feldspath. Selon les variantes de cette recette mises au point par chaque fabricant, on l'appelle : faïence feldspathique, faïence fine dure, demi-porcelaine, porcelaine opaque (on adjoint du kaolin c'est aussi le cas de la demi-porcelaine), petrocerame? (à Creil Montereau 1844, proche de la porcelaine opaque mais plus dure de pâte que de glaçure), terre de fer, terre de pipe (qui contient parfois de la chaux; elle se raye facilement; dans l'est au XVIII e s), terre de Lorraine (supérieure à la terre de pipe), cailloutage ou terre anglaise. La faïence fine est une pâte à composition blanche dont l'intérêt premier est d'éviter la couverture par un émail qui cache la terre. La malléabilité de la pâte rend le moulage aisé et permet une grande finesse des décors. Quelques centres de faïence fine en France : Niderviller, Choisy-le-Roi (les 1er à utiliser vraiment les décors imprimés), Montereau, Creil, Choisy, Creil-Monterau, Creil-Monterau, Lunéville, Longwy, Sarguemines...

Dès 1298-9, Marco Polo compare dans ses écrits la céramique qu'il découvre dans ses voyages en Extrême Orient avec un coquillage (un escargot de mer) nommé 'porcellana'. C'est l'époque en Chine de la dynastie Yuan (1179-1368). On distingue la porcelaine dure de la porcelaine tendre. La première, contrairement à l’autre contient du kaolin : c’est un mélange de cet argile avec du quartz et du feldspath (fondant). ‘Kaolin’ est le nom d'un mont chinois : Kao Ling. La porcelaine est de la terre non poreuse, faite d'une pâte blanche vitrifiée, translucide, sonore, douce au toucher. Elle est revêtue de la même composition terreuse, simplement plus riche en fondant, de manière à se vitrifier plus fort et se souder au corps par affinité.

L'invention de la porcelaine dure en Chine est datée au moins de la dynastie des Tang (619-906); il s'agit d’une porcelaine blanche : Ding. D'autres font remonter les premières porcelaines en Chine au XVI e siècle av. J.-C., pendant la dynastie des Shang ou celle des Zhou et disent que les plus anciennes porcelaines sont les céladons. L'origine de la porcelaine selon d'autres remonterait à la période des Wei et des Jin, après le III e siècle ou un peu plus tôt, c'est à dire à l'époque des Han de l'Est (25-220) ou des Trois Royaumes (220-265).

Parmi les pays situés à l’ouest de la Chine, l'Egypte est peut-être la première à avoir maîtrisé la technique chinoise de la porcelaine. Pendant la dynastie des fatimides d'Egypte (969-1171) : de l'an 2 du règne de Kaibao à l'an 7 du règne de Qiandao des Song, un artisan égyptien fabrique des imitations de porcelaines des Song et initie ses nombreux apprentis à cet art. Les porcelaines bleu et blanc fabriquées en Egypte au XIV e et au XV e siècles sont calquées sur le modèle chinois. Des pièces déterrées des ruines de la cité antique du Caire nous en apportent le témoignage. En Perse, la technique porcelainière chinoise est introduite au XI e siècle à Persépolis. Dans la ville iranienne de Sultanabab, ont été déterrées des porcelaines du XIII e siècle: des plats, des assiettes, des vases hu, des vases ping, des bols... Leurs motifs s'inspirent de la décoration chinoise. Au XIII e siècle, un millier de potiers et de techniciens chinois ainsi que les membres de leurs familles émigrent en Perse. Au XVI e et XVII e siècles, Abbas 1er le Grand, de la dynastie des Séfévides, fait installer à Ispahan plusieurs centaines de potiers chinois ainsi que les membres de leur famille en vue d'imprimer un vigoureux essor à la fabrication de porcelaines. De Perse, la technique porcelainière chinoise est introduite dans les pays arabes. Les porcelaines fabriquées à Rakka en Irak, au XI e et XII e siècles sont profondément marquées par le style chinois. Les Européens auraient appris la technique porcelainière chinoise auprès des arabes. Ces derniers la diffusent en 1470 en Italie. C'est tout d'abord un ouvrier alchimiste vénitien, nommé Maestro Antonio, qui maîtrise cet art et réussit à fabriquer des porcelaines légères et minces jusqu'à la translucidité. En 1627, un autre ouvrier fabrique avec succès un bol bleu et blanc à pâte tendre. De l'Italie, la technique porcelainière chinoise passe à Delft en Hollande. En 1624, les fours de Delft maîtrisent la technique de fabrication de la porcelaine chinoise à pâte tendre.

A partir de 1498, les Portugais vont en Orient et achètent les porcelaines de Jingdezhen mondialement connues. Plus tard, les Hollandais prennent le dessus et établissent en 1602 la East India Company pour s'occuper du transport et de l'écoulement des porcelaines. Outre les poteries de Jingdezhen, la dynastie des Ming (1368-1644) exporte de grandes quantités de céladons longquan. La Compagnie française des Indes est fondée par Colbert en 1664.

J.-F.Böttger (1682 -1719) découvre le secret (« l'arcane ») de la porcelaine dure au début du XVIIIe siècle. Janet Gleeson raconte cette épopée dans L’Alchimiste de Meissen (Paris, J.-C. Lattès, 2001, version originale : The Arcanum : The Extraordinary True Story of the Invention of European Porcelain, Bantam Press, 1998). Le duc de Saxe et roi de Pologne Auguste le Fort séquestre l’alchimiste Böttger qui prétend savoir fabriquer de l’or. Au lieu de cela, celui-ci découvre comment fabriquer de la porcelaine. En 1710 est fondée dans le château fort de l'Albrechtsburg la manufacture de Meissen près de Dresde. Tout en poursuivant une production de grès rouge (comme la porcelaine, le grès est une céramique vitrifiée dans la masse mais non blanche), et avec l'aide de l'orfèvre Irminger, Böttger commence par imiter les formes de porcelaines de Chine et des orfèvreries germaniques contemporaines. Il met rapidement au point une palette de couleurs, encore limitée, dont la plus extraordinaire est le lustre de cuivre au bel éclat mauve. Le marron est typique du début. La première production de Böttger est donc du grès rouge. En mai 1710, lors de la première vente propose du grès rouge et expose de la porcelaine blanche. Plus tard, La manufacture de Vienne qui vient d’être fondée soudoie un ouvrier de Meissen : Stölzel. Hunger y invente des émaux de couleur. Stölzel y rencontre le décorateur Johann Gregor Herold et l’emmène à Meissen, en apportant avec lui les émaux de Hunger. Dès 1722, J.-G. Höroldt propose à Meissen une palette de couleurs beaucoup plus variées. En 1720, la manufacture de Meissen produit beaucoup plus de porcelaines que l’atelier de Herold ne peut en décorer. L’excédant de pièces blanches, sans ornements est vendu à des Hausmalerei, des décorateurs indépendants qui réalisent l’émaillage dans leur propre locaux et vendent les articles à leur compte. Heroldt s’inspire de Köhler pour augmenter son savoir en émaux. Il créé au moins six nouveaux émaux de couleur, élabore un nouveau type de four, le moufle, permettant une cuisson à petit feu, mieux adaptée aux émaux polychromes. En 1724, en guise de fondant, on remplace l’albâtre par une combinaison de feldspath et de quartz, ce qui donne une plus grande blancheur, alors qu’auparavant la pâte était jaunâtre. Heroldt (1696-1775) conçoit un nombre impressionnant de décors dont les chinoiseries en miniature souvent placées dans des cartels lustrés, les paysages, les décors Kakiémon et les décors de fleurs au naturel (deutsche Blumen) qui sont partout imités. Il est assisté par de nombreux peintres (40 en 1741), dont le célèbre A. F. Löwenfinck qui après des pérégrinations introduit en 1749 à Strasbourg l'usage du petit feu. En 1731, Joachim Kaendler reçoit la charge de créer les sculptures et les formes des pièces de service. Ses oeuvres ont un style foncièrement baroque. Hunger qui est parti de Vienne pour aller à Venise chez les frères Vezzi, les quitte pour Meissen. En 1756 s'achève l'apogée de Meissen avec la guerre de sept ans. Dès 1718 on fabrique de la porcelaine dure à Vienne en Autriche puis en 1720 à Venise. Viennent ensuite : Doccia en Italie, Saint Petersbourg en Russie, Hochst, Wegely - Berlin, Nymphenburg, Furstenberg, Frankenthal, Gotha - Thuringe, Anbach, Kloster Veilsdorf - Thuringe, Kelsterbach, Berlin, Limbach - Thuringe, Volkstedt – Rudolstadt - Thuringe en Allemagne.

Paul Hannong commence à fabriquer de la porcelaine dure en France dès 1751/52. En 1748, les Löwenfinck (peintres sur porcelaine) viennent de Meissen et maîtrisent la technique du petit feu. En 1754 la manufacture de Vincennes fait interdire cette fabrication du fait de son monopole (porcelaine tendre). En 1754, Paul Hannong transfert sa fabrique à Frankenthal en Allemagne tout en continuant à avoir les manufactures de Strasbourg et de Hagueneau. En 1759 Il fait venir du kaolin d'Allemagne. En 1759, Pierre Antoine hérite des fabriques de Strasbourg et Hagueneau et Joseph celle de Frankenthal. Pierre Antoine vend en 1761 le secret de la porcelaine dure à Sèvres et est déshérité par les cohéritiers. En 1762 Joseph vend Frankenthal et s’occupe de Strasbourg et Hagueneau. Joseph Hannong ouvre une fabrique à Strasbourg en 1766. En 1773 reprise de la fabrication de porcelaine dure. Mais en 1774, taxe d’exportation qui double le prix des pièces. 1781 faillite. Dès 1766, on fabrique de la porcelaine dure à Niederviller. C'est à Maupertuis, près d'Alençon, qu'est découvert pour la première fois en France un gisement de kaolin, sans doute avant 1750. Vers 1763, le duc de Brancas, comte de Lauraguais, organise un laboratoire dans son château de Lassay, et obtient des porcelaines dures (médaillons en biscuit et pièces de service imitant la compagnie des Indes) grâce au kaolin d'Alençon. Mais cet argile est assez impure; et c'est la découverte de gisements de kaolin à Saint-Yrieix en Limousin, en 1768, qui permet à la porcelaine dure de véritablement débuter en France. 1771, création de la Manufacture de Limoges. La découverte de kaolin près de Limoges entraîne à Paris la création de près de 30 fabriques. Cela commence avec en 1771 les fabriques du faubourg Saint-Denis, de Clignancourt et de la rue Fontaine-au-Roi. Jusqu’à la Révolution, les décors se ressemblent : bouquets de fleurs, arrangements de barbeaux, guirlandes de rinceaux d’or, paysages polychromes, jetés de fleurs, guirlandes fleuries et dorées, guirlandes de fleurs et de fruits, boutons de roses, bordures de lauriers, paysages et scènes galantes en grisaille, décor à la brindille bleue, amours… En 1756, la fabrique de porcelaine de Vincennes qui s’essaie aussi à la pâte dure déménage à Sèvres. Vers 1766, Pierre Antoine Hannong y débute une production de pâte dure. Il parvient à en produire avec du kaolin de Passau. Pierre Joseph Macquer y parvient également avec une argile blanche et de l’argile calciné. Sous le second empire (1852-1870), Sèvres crée le décor en pâte-sur-pâte (Voir 'Décor pâte-sur-pâte'). 1876, déménagement dans le parc de Saint-Cloud. 1896 Style Art nouveau. Parmi d’autres centres de fabrication de porcelaines dures au XVIIIe siècle, citons Lunéville, Boissettes près de Melun, Bordeaux, Lille, Chantilly.

Le mot de pâte tendre vient de la glaçure plombo-alcaline qui est très tendre par rapport aux couvertes feldspathiques de la porcelaine naturelle. La porcelaine tendre n'a donc pas de kaolin et se raye. Il y a la porcelaine tendre des Médicis (vers 1580) et la française qui débute à Rouen en 1678 (c'est Louis Poterat, le fils d'Edme qui reçoit le privilège royal). En 1664 un privilège est accordé à un négociant parisien Claude Révérend l’autorisant à fabriquer de la faïence et contrefaire la porcelaine à la façon des Indes. Une faïencerie est installée en 1666 à St-Cloud et en 1674 elle est louée au peintre Pierre Chicaneau et son épouse. Celui-ci décède en 1677 ; mais il est à l’origine de la porcelaine tendre de St-Cloud avec ses fils. C’est vers 1693 que celle-ci est portée à sa perfection. Louis XV accorde le monopole de la porcelaine à Vincennes. Une fabrique de pâte tendre s’installe à Lille dès le début du XVIIIe siècle à laquelle succède en 1784 une fabrique de pâte dure. Autres centres de fabrication de porcelaines tendres : Mennecy-Villeroy, Bourg-la-Reine, Sceaux, Vincennes, Sèvres, Arras, Saint Amand les eaux. Autres centres de porcelaine tendre en Europe au XVIIIe siècle : Tournai en Belgique, Marieberg en Suède, Capodimonte en Italie, Buen Retiro en Espagne, Naples… Il existe une forme de porcelaine tendre appelée porcelaine phosphatique ou bone china. Elle est composée de kaolin et de pegmatite (mélange naturel de quartz et de feldspath)... La porcelaine anglaise serait surtout phosphatique.

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