Pas besoin de longs discours, il suffit de lire la presse pour se faire une idée de cet ordre mondial qui se crée. Déjà que l'état d'horreur était généralisé avec le nucléaire, la finance, les pollutions ... mais alors là le glissement est encore plus flagrant vers une dictature qui fait régner sa loi petit à petit sur le monde. Cela n'est pas nouveau mais devient d'une dangerosité qui à l'échelle mondiale n'a pas d'équivalent dans notre histoire, et qui ne cesse de croître depuis Hiroshima. Je conseille en particulier de lire l'article du Libération du 1er avril 2009 intitulé : En Chine, l'ombre des "prisons noires". Non, ce n'est pas un poisson d'avril, de même que le communiqué commun publié ce même jour par la Chine et la France dans lequel cette dernière "récuse tout soutien à l’indépendance du Tibet sous quelque forme que ce soit". Ce sont nos libertés ici qui sont en jeu, pas seulement au Tibet.

 

Lien : http://blog.lefigaro.fr/threard/2009/04/le-nouveau-monde-tourne-autour.html

Date : 12 avril 2009
Titre : Le nouveau monde tourne autour de la Chine et des Etats-Unis

Pour des motifs différents, les dirigeants américains et chinois ont des raisons de ne pas noircir le tableau de la violente crise que traversent leur pays et le monde. Barack Obama vient d'être élu. Il doit être à la hauteur de l'immense sympathie et confiance qu'il inspire. Normal. Le président des États-Unis, saluant le travail effectué par son équipe, s'est donc permis d'annoncer, vendredi, « une lueur d'espoir pour l'économie ».

En Chine, on entretient le même optimisme. « La situation est meilleure que celle que nous avions prévue », a déclaré, le même jour, le premier ministre Wen Jiabao. Propos rassurants, trompetés par l'ensemble des médias. Logique. Le régime communiste redoute par-dessus tout une montée des désordres et des jacqueries à l'intérieur du pays, qui pourrait lui être fatale.

À Washington comme à Pékin, le discours est évidemment politique, destiné à ragaillardir le moral des populations. Néanmoins, cette méthode Coué est soutenue par quelques éléments objectifs qu'il serait injuste d'ignorer.

Outre-Atlantique, les exportations ont cessé de chuter en mars, le nombre de prêts accordés aux petites entreprises augmente, les réductions fiscales font leur effet. Depuis un mois, l'indice ISM, qui jauge le climat des affaires, reprend des couleurs. L'excédent commercial chinois a, pour sa part, bondi de plus de 40 % en mars. Indicateur significatif de la météo économique internationale.

De fait, les principales Bourses mondiales ont connu un regain d'intérêt la semaine dernière. Celle de Shanghaï a enregistré une hausse record de 34 %. La remontée du cours des matières premières s'ajoutant à cela, quelques observateurs n'hésitent plus à parler de reprise prochaine. Selon une enquête menée par le Wall Street Journal auprès de 54 économistes, la récession prendra fin dans moins de six mois !

En vérité, nul ne saurait prédire le retour exact des beaux jours sans passer pour un inconscient face à tous ces salariés qui, eux, n'ont pas fini de payer de leur emploi le séisme actuel. Ici et là, les plans de relance n'ont pas encore eu d'incidences sur la vie réelle. Mais ils avaient d'abord pour objectif d'éviter le pire.

Il est, en revanche, une évidence confirmée par la crise. C'est entre Washington et Pékin que se situe aujourd'hui le centre de gravité de la planète. Se substituant au G8, le G20 est une heureuse initiative pour associer tous les continents à la marche du monde. Mais c'est de l'avenir des États-Unis et de la Chine que chacun dépend. Le premier vit et consomme grâce à l'argent prêté et aux produits fabriqués par le second. Lequel doit sa croissance et sa richesse à la demande de l'Oncle Sam. La « Chimerica » est au cœur du nouvel ordre économique. Partenariat qui n'est pas le moins paradoxal, considéré sous un angle politique.

À l'Europe, à la Russie et aux autres de jouer leur carte sans trop rechigner ni mauvaise humeur. Car c'est de cet horizon que reviendront les premiers rayons de soleil.

Signature : Yves Thréard
Lien : http://www.liberation.fr/monde/0101561038-des-emeutiers-tibetains-condamnes-a-mort-en-chine
Date : 9 avril 2009
Titre : Des émeutiers tibétains condamnés à mort en Chine

Deux personnes, qui avaient participé aux émeutes de Lhassa en mars 2008, ont été condamnées à mort hier pour avoir provoqué des incendies meurtriers. Le tribunal du Tibet a infligé la même sentence à deux autres accusés mais avec un sursis de deux ans, une peine généralement commuée en prison à vie en Chine, a précisé l’agence de presse officielle Chine Nouvelle. Une autre personne s’est vu infliger la prison à vie, selon un porte-parole du tribunal de Lhassa. Il s’agit des premières peines capitales prononcées après les troubles. Selon les autorités chinoises, les émeutiers de Lhassa ont tué 18 civils et un policier. Les Tibétains en exil contestent cette version et avancent que 203 personnes ont trouvé la mort lors de la répression des troubles à Lhassa et dans les régions à population tibétaine dans l’ouest de la Chine.

Signature : A.V. (avec AFP et Reuters)
Lien : http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/acheter.cgi?offre=ARCHIVES&type_item=ART_ARCH_30J&objet_id=1077029
Date : 4 avril 2009
Titre : Dans les manuels, tout est bien qui finit bien

Extrait : Mais que disent donc les manuels d'histoire chinois du Tibet pour écoliers ? Voici quelques extraits du livre étudié par des lycéens de l'équivalent d'une classe française de seconde. Le jeune élève y apprend que depuis la dynastie Tang (618-907), le roi tibétain Songtsen Gampo « a créé une structure bureaucratique, une organisation militaire, des lois suivant le modèle dynastique chinois ». Au VIIe siècle, le Tibet n'est certes pas encore chinois, mais la façon dont l'historiographie du régime présente ce pays voisin induit clairement que le royaume Tubo - nom du Tibet à l'époque - a accédé à la civilisation dès lors qu'il est entré en contact avec la Chine impériale.

Signature :
Lien : http://www.liberation.fr/economie/0101560159-pekin-au-sommet-de-la-propagande
Date : 4 avril 2009
Titre : Pékin au sommet de la propagande
Médias et dirigeants glorifient l’influence chinoise dans l’économie mondiale.

Aux yeux de sa population, Pékin se place en grand régulateur émergeant de l’économie mondiale, tout en liant ses problèmes intérieurs aux erreurs des pays développés. Sur tous les médias, la contribution de la Chine au G20 est encensée. «La confiance économique chinoise s’est imposée aux grands pays développés», titrait vendredi le Quotidien du Sichuan, province de 70 millions d’habitants. CCTV, la télévision nationale, diffuse en boucle des débats d’experts sur le rôle du pays dans l’économie mondiale et les discours du président, Hu Jintao, selon qui «la Chine a déjà pris toutes les mesures nécessaires au maintien de sa stabilité».

A Londres, Pékin s’est engagé à élargir de 40 milliards de dollars (29,7 milliards d’euros) sa contribution au Fonds monétaire international, tout en réclamant plus que les 3,7 % de votes qui lui sont alloués au sein de l’institution, alors que son pays représente 15 à 20 % du commerce mondial et au moins 6 % de la production. La crise frappe de plein fouet le pays devenu depuis un an la troisième économie mondiale en volume, mais dont la croissance dépend beaucoup des exportations vers les marchés occidentaux.

Au G20, les officiels chinois ont - sans surprise mais avec force propagande - exhorté Européens et Américains à relancer leur croissance, mais surtout à développer leurs liens avec Pékin et à ne pas sombrer dans «l’isolationnisme protectionniste», hantise d’un régime dont la consommation intérieure halète, et à qui la crise a coûté une vingtaine de millions d’emplois. La croissance (9 %) a déjà été revue à la baisse pour 2009, d’un point selon les autorités, et de deux à trois points selon les institutions internationales. Le pays est aussi le premier bailleur de fonds de la dette américaine, dont il détient plus d’un tiers en bons du Trésor, raison de son implication actuelle. Les maîtres mots de Pékin en regard de la crise sont «coordination et stabilité» pour éviter les mouvements de capitaux incontrôlés.

Autre point martelé au G20, la demande d’une participation accrue des pays en développement dans l’économie mondiale, pour permettre une «harmonisation» des solutions. La Chine assoit ainsi son rôle croissant de «grand frère» de nombreux pays du Sud qu’elle soutient financièrement en échange de matières premières et de votes à l’ONU.

Signature : Abel Segretin, correspondance à Pékin.
Lien : http://www.liberation.fr/monde/0101559923-sarkozy-nie-tout-accord-secret-avec-la-chine
Date : 3 avril 2009
Titre : Sarkozy nie tout «accord secret» avec la Chine

Pour cette fois, ça va. La réconciliation sino-française, scellée par une poignée de main entre les présidents Hu Jintao et Nicolas Sarkozy, mercredi à Londres, a été accueillie avec un brin de condescendance et beaucoup de circonspection en Chine. «L’important est d’observer si la France pourra tenir sa promesse en n’accordant plus de soutien aux activités séparatistes du dalaï-lama», écrit Wenhui Bao, quotidien de Shanghai. Hier, Sarkozy a démenti tout «accord secret» au terme duquel il aurait renoncé à rencontrer le chef tibétain en échange de la reprise d’un dialogue de haut niveau avec la Chine. Le Président a pourtant bien rabaissé ses ambitions : «Dans le respect du principe de non-ingérence, la France récuse tout soutien à l’indépendance du Tibet sous quelque forme que ce soit», dit le communiqué commun publié mercredi. «Nous espérons que le gouvernement français en tirera une leçon», explique un expert chinois dans le quotidien anglophone China Daily.

Signature : P.N. (à Pékin)
Lien : http://www.lefigaro.fr/international/2009/04/01/01003-20090401ARTFIG00539-les-relations-franco-chinoises-se-rechauffent-.php
Date : le 2 avril 2009
Titre : Sarkozy et le président chinois scellent leurs retrouvailles

Nicolas Sarkozy et Hu Jintao lors de leur rencontre en marge du G8, début juillet dernier, au Japon.

Après plusieurs mois de brouille autour de la question tibétaine, Hu Jintao et Nicolas Sarkozy se sont vus mercredi soir en marge du G20, marquant ainsi la reprise à haut niveau de leurs relations.

La France et la Chine semblent vouloir tirer un trait sur une brouille de plusieurs mois autour de la question tibétaine. Pékin et Paris ont d'abord annoncé mercredi, dans un communiqué publié simultanément à l'occasion du 45e anniversaire de leurs relations diplomatiques, la reprise à haut niveau de ces relations.

Le président français Nicolas Sarkozy et son homologue chinois Hu Jintao se sont rencontrés mercredi soir à Londres à la veille du sommet du G20. Les deux dirigeants se sont retrouvés dans un hôtel du centre de la capitale britannique après le dîner officiel des chefs d'Etat et de gouvernements des pays du G20 à Downing Street où ils étaient assis côte à côte. «Notre rencontre marque un nouveau point de départ pour nos relations bilatérales et j'espère que les deux parties vont travailler ensemble pour lancer une nouvelle phase dans les relations sino-françaises», a expliqué Hu Jintao à l'issue de cette rencontre.

Les deux pays ont décidé «de tenir, au moment opportun, des contacts de haut niveau ainsi que de nouvelles sessions du dialogue stratégique (...), en vue de promouvoir la coopération bilatérale dans les différents domaines et d'assurer un développement harmonieux et stable de la relation franco-chinoise», précise le communiqué commun.

À propos du Tibet, objet de la brouille franco-chinoise, le communiqué souligne que «dans le respect du principe de non-ingérence, la France récuse tout soutien à l'indépendance du Tibet sous quelque forme que ce soit». «La France mesure pleinement l'importance et la sensibilité de la question du Tibet et réaffirme qu'elle s'en tient à la politique d'une seule Chine et à sa position selon laquelle le Tibet fait partie intégrante du territoire chinois, conformément à la décision prise par le général de Gaulle qui n'a pas changé et ne changera pas», ajoute le texte. Cette même politique avait déjà été réaffirmée il y a quelques semaines par le Quai d'Orsay après une injonction de la Chine appelant à une «clarification» de la position française à ce sujet.

VGE, Chirac et Raffarin en Chine

Les relations entre la France et la Chine s'étaient passablement tendues en 2008, d'abord à l'occasion du passage mouvementé de la flamme olympique en France, puis surtout en raison d'une rencontre en décembre en Pologne entre Nicolas Sarkozy et le dalaï-lama. La Chine avait très mal réagi à l'annonce de cette rencontre et avait annulé un sommet Union européenne-Chine prévu en novembre en France alors que Paris assurait la présidence tournante de l'UE. En janvier dernier, le premier ministre chinois Wen Jiabao avait aussi soigneusement contourné la France lors d'une longue tournée européenne, et son ministre du Commerce Chen Deming l'avait imité fin février pour une visite lors de laquelle la Chine avait signé de gros chèques, notamment aux industriels en Allemagne.

Outre la rencontre cette semaine entre les deux chefs d'Etat, il est prévu que le président de l'Assemblée nationale Bernard Accoyer et l'ex-premier ministre Jean-Pierre Raffarin se rendent en Chine au mois d'avril. Les anciens présidents Valery Giscard d'Estaing et Jacques Chirac prévoient également de se rendre en Chine au cours de l'année.

Signature : J.B. (lefigaro.fr) Avec AFP
Date : 2 avril 2009
Titre : La France et la Chine se réconcilient sur le dos du Tibet
Les chefs d'Etat des deux pays ont signé un texte se prononçant contre l'indépendance du Tibet. Nicolas Sarkozy et Hu Jintao se sont entrevus en marge du G20.
Rencontre entre Nicolas Sarkozy et Hu Jintao, hier, à Londres (REUTERS)

La France et la Chine se sont réconciliées en catimini, à l’ombre des grandes tractations du G20. Alors qu’une rencontre avec Nicolas Sarkozy ne faisait pas partie des plans de Hu Jintao, il y a encore une semaine, c’est un petit communiqué, glissé discrètement hier, qui a scellé la réconciliation. Ce texte a été publié conjointement par les deux pays.

Symbole du renouveau, les deux présidents se sont finalement entrevus hier soir. Hu Jintao s’est félicité de ce revirement: «Notre rencontre (...) marque un nouveau point de départ pour nos relations bilatérales et j’espère que les deux parties vont travailler ensemble pour lancer une nouvelle phase dans les relations sino-françaises».

Pour rétablir les relations, il n’a fallu qu’une petite phrase, paraphée par la France: «La France mesure pleinement l’importance et la sensibilité de la question du Tibet et réaffirme qu’elle s’en tient à la politique d’une seule Chine et à sa position selon laquelle le Tibet fait partie intégrante du territoire chinois».

Finies les références à une autonomie culturelle large tibétaine, au respect des droits de l’homme, la France lâche le Tibet pour courtiser Pékin.

Les relations sino-françaises, déjà peu chaleureuses depuis le passage chaotique de la flamme olympique à Paris l'an dernier, avait pris un sérieux coup de froid en décembre, lorsque Nicolas Sarkozy avait rencontré le dalaï lama à Gdansk.

A cette époque, Nicolas Sarkozy exprimait encore sa «préoccupation» pour le Tibet, jugeant primordiaux la reprise du dialogue entre les autorités chinoises et le dalaï lama ainsi que le respect des droits de la minorité tibétaine. Mais dans le communiqué d'hier, nulle trace de ces exigences. La realpolitik a repris le dessus.

Cette réconciliation furtive reste largement eclipsée par la poignée de main entre Barack Obama et Hu Jintao. Le président américain a accepté une invitation de son homologue chinois à se rendre à Pékin avant la fin de l’année. Les Etats-Unis, comme beaucoup d’autres, veulent s’engager sur la voie d'une collaboration plus étroite avec le géant chinois.

Signature :
Lien : http://www.liberation.fr/culture/0101559733-a-corps-et-desaccords
Info : La Chine exécute chaque année environ 6 000 personnes.
Lien : http://www.liberation.fr/monde/0101559677-paris-et-pekin-rabiboches
Date : 2 avril 2009
Titre : Paris et Pékin rabibochés

Oubliés, le Tibet et le fiasco de la flamme olympique. Après un an de brouilles diplomatiques, la France et la Chine ont décidé hier la reprise à haut niveau de leurs relations. Nicolas Sarkozy et son homologue Hu Jintao doivent se rencontrer aujourd’hui en marge du G20. Le Quai d’Orsay a précisé que «la France mesure pleinement l’importance de la question du Tibet […] et récuse tout soutien à l’indépendance du Tibet sous quelque forme que ce soit». Chirac, Giscard d’Estaing et Raffarin pourront bientôt se rendre à Pékin sans être inquiétés.

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Lien : http://www.liberation.fr/economie/0101559704-remplacer-le-dollar-par-une-monnaie-supranationale
Date : 2 avril 2009
Titre : « Remplacer le dollar par une monnaie supranationale»

Gao Haihong Directrice du département de finances internationales à l’Académie des sciences sociales de Pékin Recueilli par PASCALE NIVELLE (à Pékin)

«Je parle de quelque chose que je ne verrai sans doute pas de mon vivant : le remplacement du dollar tout-puissant par une monnaie supranationale sur les marchés internationaux. La Chine et tous les pays émergents, dépendants du dollar, en rêvent. Zhou Xiaochuan, le gouverneur de la Banque centrale chinoise, a fait cette proposition à la veille du G20. Ce n’est pas un concept nouveau, notre Premier ministre l’a déjà évoqué. Ce qui l’est, c’est qu’un fonctionnaire de haut rang s’exprime publiquement et de façon claire. La prédominance du dollar, imposée aux pays émergents, est un choix irresponsable des Etats-Unis. Au mieux, on peut les taxer d’ignorance de bonne foi, mais la dévaluation du dollar est surtout bénéfique à leur marché. Leur plan de relance stimulera leur économie, mais accroîtra les risques d’instabilité sur les marchés internationaux.

«L’établissement d’une monnaie supranationale, en fait un paquet de monnaies, atténuerait les effets négatifs des taux de change. Elle prendrait en compte le yuan et le poids de notre économie réelle, cela rétablirait un équilibre. Ni moi ni Zhou Xiaochuan n’avons précisé de quelle manière cette réforme peut se faire. On en parle de façon abstraite, un peu idéale. Quelle institution pour la mettre en œuvre ? Le FMI peut être une option mais, pour l’instant, il est géré par les Etats-Unis.

«Il faudrait inventer une structure où chaque pays serait représenté correctement. La Chine est un grand pays toujours en développement, beaucoup de facteurs limitent encore sa revendication d’une place importante dans les institutions internationales. Mais ce jour viendra en temps opportun. Nous nous donnons du temps, et nous avons confiance. L’important, c’est que la Chine s’exprime sur ces sujets. Au dernier G20, la Chine était plus en retrait. Aujourd’hui, elle donne sa réponse au plan de relance du gouvernement américain, qui comprend le rachat massif de sa dette. Il est temps que nous déclarions aux Américains que nous avons le choix. Et que le soutien de la Chine aux Etats-Unis ne sera total que si son intérêt est garanti.»

Gao Haihong, 45 ans, est directrice du département finances internationales à l’Académie des sciences sociales de Pékin, proche du gouvernement.

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Date : 2 avril 2009
Titre : Les créanciers de l'Amérique dénoncent le dollar roi

Tour à tour, la Chine et la Russie remettent en cause la suprématie du dollar comme monnaie de réserve internationale. Des propositions qui perturbent le G20.

Pékin et Moscou, même combat face à l'impérialisme monétaire américain ? Dmitri Medvedev, le président de la Fédération de Russie, a proposé mercredi à Barack Obama d'«évaluer ensemble la pertinence d'une nouvelle monnaie de réserve, mondiale et supranationale, éventuellement sous l'égide du Fonds monétaire international».

Cette recommandation, faite dans une tribune au Figaro, intervient une semaine après que Zhou Xiaochuan, le gouverneur de la Banque populaire de Chine (la banque centrale), a rendu public un plan de réforme du système monétaire international. Le grand argentier chinois souhaite lui aussi la création d'un nouvel instrument monétaire qui se substituerait au dollar. Ces déclarations ont d'autant plus surpris que les monnaies ne figurent pas à l'ordre du jour du G20. Les ministres des Finances, qui s'étaient réunis à Londres le 21 mars pour préparer le sommet du 2 avril, n'en ont pas du tout parlé, indique-t-on à Bercy.

Émanant de la Chine, premier créancier des États-Unis, avec 1 600 milliards de dollars détenus en bons du Trésor, la proposition très détaillée de la banque centrale de Chine - elle figure sur son site Internet - ne peut laisser indifférent Washington. Pékin veut transformer les «droits de tirages spéciaux» (DTS) du Fonds monétaire international - un panier de quatre devises nationales (dollar, euro, sterling et yen) - en une véritable monnaie de réserve. Ce que ne sont pas aujourd'hui les DTS, dont le rôle se limite à une unité de compte pour les opérations du FMI.

Tim Geithner, le secrétaire au Trésor, a immédiatement répondu qu'il était «ouvert» à une telle idée. Puis, dans un deuxième temps, il a souligné que le dollar demeurait «la devise standard de réserve mondiale» et qu'il le resterait «pendant longtemps» .

Inquiétude chinoise

Depuis lors, chacun s'interroge sur la volonté chinoise de sortir un dossier qui n'est pas sur la table du G20, comme l'a rappelé Christine Lagarde, la ministre des Finances. S'agit-il d'un acte de diversion, pour occulter un autre sujet monétaire auquel l'Administration américaine est pour sa part très sensible, à savoir l'appréciation du yuan chinois ? Curieusement, Zhou Xiaochouan est présent au sommet de Londres, contrairement à ses homologues de la Fed, Ben Bernanke, et de la BCE, Jean-Claude Trichet.

Par ailleurs, la remise en cause de la suprématie du dollar correspond à une inquiétude bien réelle à Pékin. Le professeur Yu Qiao, de l'université Tsinghua (Pékin), l'exprime crûment dans un article du Financial Times, mercredi. Il note que la dette publique des États-Unis atteint d'ores et déjà 10 000 milliards de dollars. Et il rappelle que les investisseurs en titres américains ont déjà beaucoup perdu dans les années 1970, lorsque le président Nixon a mis fin à la convertibilité du dollar en or.

Yu Qiao propose donc que les pays d'Asie négocient avec Washington un système de garantie de leurs avoirs si les bons du Trésor américain venaient à s'effondrer. Les fourmis asiatiques ne veulent pas se laisser tondre comme de vulgaires épargnants français gorgés d'emprunts russes en 1917 !

Signature : Jean-Pierre Robin
Date : 1er avril 2009
Titre : En Chine, l’ombre des «prisons noires»
Quand ils osent accuser les autorités locales ou leur patron, des Chinois se retrouvent séquestrés dans des geôles clandestines jusqu’à ce qu’ils retirent leur plainte. Comme Sun Yuyuan, une jeune femme qui en a réchappé.

Le 28 septembre 2007 à Pékin, Sun Yuyuan reçoit un appel sur son portable. Une convocation urgente près du commissariat de police de Tianqiao. Son affaire, lui dit-on, est en voie d’être réglée. Cela fait deux ans que cette petite femme d’une quarantaine d’années, médecin, se bat contre la direction de sa mine de charbon du Heilongjiang, province du nord de la Chine. Sun Yuyuan a dénoncé la corruption des dirigeants, fonctionnaires, qui avaient détourné des logements attribués au personnel. Depuis, elle a été licenciée. Un an plus tard, elle a porté l’affaire dans la capitale, devant le Comité des biens de l’Etat. Après des mois d’attente, dans les hôtels miteux, à des milliers de kilomètres de sa fille de 11 ans, ce coup de fil est un miracle.

Vers midi, elle approche du commissariat. Une berline noire ralentit à sa hauteur. Une porte s’ouvre, quatre hommes en civil l’obligent à monter : «J’ai reconnu l’accent de ma province. Dans la voiture qui commençait à rouler, les hommes se sont mis à me frapper brutalement. Bientôt, on est arrivés devant un hôtel où d’autres hommes armés de matraques électriques m’ont tabassée à leur tour. J’ai compris que j’étais dans une prison noire.» Les plaignants, ces victimes d’injustices venus à la capitale dans l’espoir insensé d’obtenir justice devant la plus haute juridiction de Chine, parlent avec épouvante des «prisons noires». Pékin en compterait une centaine. Ce sont des hôtels, des appartements, des caves ou des bureaux désaffectés, réquisitionnés et transformés en geôles illégales par des nervis au service des pouvoirs locaux. Les gêneurs, toujours des victimes d’injustices, y sont détenus un jour, un mois, ou plus, avant d’être renvoyés dans leur province. Ils n’en sortent qu’après avoir signé la promesse d’abandonner toute poursuite contre l’entreprise d’Etat, l’administration ou le petit patron qui les a spoliés. «Ces lieux sont tenus dans la plus totale illégalité par les représentants officiels des gouvernements de province, explique Teng Biao, professeur de droit à l’université chinoise de droit et de sciences politiques de Pékin. Les gens y sont humiliés, insultés, frappés par des voyous à la solde des pouvoirs locaux».

Porte blindée et barreaux

Sun Yuyuan a réussi à s’échapper rapidement. Le dos brisé, les membres tuméfiés, elle a tenté de porter plainte au commissariat de police le plus proche : «Trouvez où vous avez été détenue, qui vous a maltraitée, faites constater vos blessures et revenez», lui a-t-on dit. Su Yuyuan n’avait que 300 yuans (30 euros) en poche. Aucun hôpital n’a accepté de faire le constat. Des mois sont passés, pendant lesquels elle a continué de porter plainte, tout en poursuivant son affaire de corruption.

Le 22 août 2008, alors que Pékin célébrait la fin des Jeux olympiques, une voiture, de nouveau, s’est arrêtée le long du trottoir. Cette fois, des hommes l’ont raccompagnée jusque dans sa petite ville du nord. Directement dans une autre prison noire. Une résidence banale, où étaient enfermés une vingtaine d’autres plaignants. Elle y est restée trente-trois jours, sans pouvoir prendre contact avec sa famille. «Nous étions gardés par des gens en civil, des policiers qui avaient été sélectionnés dans les commissariats de ma ville. Ils étaient brutaux, nous tabassaient pour un oui ou un non. Nous étions quatre dans des pièces avec des portes blindées, des fenêtres à barreaux et des caméras de surveillance. Nous ne pouvions pas nous laver, la nourriture était infecte.» Pendant un mois, personne ne lui répond. Elle finit par être libérée, sur la promesse de se tenir tranquille. Elle passe une journée chez elle, et le lendemain, reprend un train pour Pékin. Plus que jamais décidée à se battre. Cette fois, contre les «prisons noires».

Ces geôles clandestines, qu’aucun média ni aucun responsable politique n’a jamais dénoncées, sont apparues en 2003, à la suite d’un autre scandale. Sun Zhigang, un jeune employé de Wuhan arrêté sans ses papiers à Canton, avait été battu à mort dans un centre d’internement pour vagabonds. Ces centres administratifs, largement utilisés pour mettre à l’ombre les plaignants gênants, avaient été fermés après une vague de protestations sans précédent sur Internet. Les médias officiels qui avaient reçu pour une fois le feu vert, avaient relayé l’indignation. Le professeur de droit Teng Biao est l’un des avocats qui avaient milité pour la fermeture de ces centres : «Ce fut un moment rare, l’opinion publique, les journalistes et le pouvoir ont été en phase, raconte-t-il, on a considéré cela comme un succès, un pas important vers plus de justice. Mais peu après, les prisons noires sont apparues. C’était pire

Les dizaines de milliers de plaignants, ou pétitionnaires, qui tentent d’obtenir justice dans toutes les provinces de Chine, sont devenus encore plus vulnérables, exposés à des internements arbitraires dans des lieux qui n’ont aucune existence officielle. En quelques années, la pratique est devenue un système rôdé et même rentable, car les provinces paient cher l’hébergement des gêneurs. «Chaque province dispose d’un quota de plaignants. Si le quota est dépassé, les fonctionnaires sont mal notés et leur carrière en pâtit, explique Teng Biao, ils sont prêts à mettre le prix. Avec l’argent public qui passe dans les poches de leurs amis qui tiennent les hôtels…» La crise économique et la corruption grandissante aidant, le nombre de plaignants ne cesse d’augmenter. Et avec lui, le nombre de prisons noires, sas pratique pour rétablir les statistiques. «A Pékin, les prisons noires font office de tremplin pour renvoyer les gens chez eux, dit Zhang Jianping, un activiste du Jiangsu interviewé au téléphone. En province, elles servent à étouffer les scandales et à faire peur aux gens. Les pouvoirs locaux les appellent des "classes d’apprentissage de la loi".»

«Pékin encourage le système. Noter les fonctionnaires, c’est la seule façon de contrôler les provinces et la stabilité sociale, juge Guo Yushan, porte-parole d’une association pékinoise pour les droits civiques. Pendant les JO,les plaignants ont afflué au Bureau des plaintes de la capitale. Ils espéraient profiter de l’ouverture promise. C’est ce bureau qui appelait les représentants des provinces pour régler le problème. Lesprisons noires ont fleuri partout, les plaignants sont tombés dans un grand piège.»

Ces lieux secrets ouvrent et ferment au rythme des événements politiques. Le printemps, avec le traditionnel raout de l’Assemblée nationale populaire, le «Parlement» chinois, est une haute saison. Des milliers de pétitionnaires choisissent ce moment pour rôder aux alentours du palais du Peuple, espérant faire passer leurs doléances au pouvoir central. Une tradition héritée de l’époque des empereurs, qui a survécu à Mao et au «socialisme à caractéristiques chinoises» des dirigeants actuels. «Depuis des millénaires, les gens pensent que le pouvoir central est juste, explique Zhang Jianping. Mais en Chine, le pouvoir est au-dessus de la loi. Cela a toujours été vrai, sous les empereurs, comme sous le régime communiste.» Ancien pétitionnaire, tétraplégique depuis un accident pour lequel il n’a jamais été indemnisé, Zhang passe son temps à convaincre les plaignants d’abandonner leurs illusions et de se battre «pour exercer leurs droits». «Les lois existent et elles sont plutôt bonnes, dit un avocat de la mouvance. Le problème, c’est leur application.»

Beaucoup, avocats, juristes, militants sont prêts à aider les plaignants, même si la tâche est ardue. Dans sa petite association, Xu Zhiyong est parti en guerre contre les prisons noires. Professeur de droit et bénévole dans une association où défilent des gens plus désespérés les uns que les autres, il a pris des coups en voulant aller libérer un plaignant détenu dans un hôtel. Depuis, Xu Zhiyong a opté pour une autre méthode, les opérations commando : «Appeler la police ne sert à rien, ils sont de mèche avec les geôliers. J’y vais avec des journalistes volontaires et des caméras. Même s’ils ne réalisent jamais de sujet, car c’est interdit, cela impressionne les gardiens.» Pendant l’interview, son téléphone portable clignote : «Je suis à l’hôtel Ding Xinxiang, chambre 302, aidez-moi !» C’est l’occasion d’y aller, mais sans Xu Zhiyong, qui préfère doser ses interventions pour sa propre sécurité.

L’hôtel existe, dans un quartier calme du sud de la capitale. Dans la cour, deux véhicules de police immatriculés dans une province du nord. La réceptionniste fait de grands gestes, «toutes les chambres ont été réservées par une délégation». La dame du comité de quartier, très vite sur place, éclate de rire à l’évocation d’une prison noire dans ce quartier de retraités. «Une plaisanterie !» Mais elle refuse de nous laisser entrer. Les voisins rient aussi, ils n’ont rien vu, jamais. Depuis son portable, le plaignant de la chambre 302 envoie un texto : «Sauvez-moi !» Intervenir serait aggraver son cas. Selon des plaignants, une femme aurait disparu depuis des semaines près du Bureau des plaintes de Pékin. Elle avait donné son dossier, quelques feuillets photocopiés, à un touriste de passage, sous les yeux de policiers.

Malformation du bébé

Autour de ce bureau, au sud de Pékin, dans un quartier à moitié rasé pour la construction de la nouvelle gare du Sud, converge toute la misère du monde. Des gens en haillons harcèlent les étrangers de passage, leur fourrant dans la main des documents tachés et chiffonnés. Certains disent se battre depuis vingt ans contre leur expropriation illégale, ou la saisie de leur potager de 30 m2. Un homme brandit la photocopie en couleur d’un bébé joufflu, habillé en petit empereur. L’enfant, mal formé à la naissance parce que sa mère avait respiré des produits toxiques dans son usine, est mort à 4 ans. La famille n’a jamais été indemnisée. Malgré les policiers en uniforme (des gardes sans aucun pouvoir public), il veut parler. Le monde doit savoir, implorent les plaignants. La prison noire ne leur fait pas peur.

Dans le vent du nord, une petite femme frissonne devant l’imposant bâtiment du parquet général de Pékin. C’est Sun Yuyuan, le médecin de la mine du Heilongjiang. Pour la sixième fois, elle vient de déposer sa requête contre les prisons noires. «Un seul tribunal m’a donné une réponse, pour me dire que mon dossier n’était pas recevable. Ils ont enquêté, mais disent n’avoir rien trouvé dans la province de Jilin… qui n’est pas la mienne. Tout le monde se renvoie la balle», dit-elle d’un ton calme. Demain, elle tentera sa chance devant un autre tribunal. Sun Yuyuan n’a pas les moyens de saisir un avocat. Elle se bat seule. «Un jour, dit-elle, il y aura un procès contre les prisons noires

Signature : PÉKIN, de notre correspondante PASCALE NIVELLE
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